samedi 4 juillet 2020

Couvrez ce sein que je ne saurais voir !



Replongeons-nous dans notre Dictionnaire de l'Académie française de 1835 et dans le Nouveau dictionnaire illustré Larousse de 1890 pour voir comment on évoquait les choses du sexe au XIXe siècle. Le Larousse étant à destination des écoliers, il se montre plus que discret sur la question. C'est donc principalement dans le Dictionnaire de l'Académie que nous allons poursuivre notre exploration.

Le terme de pénis est absent des deux ouvrages, mais on y trouve celui de verge. Le Larousse donne simplement le sens de baguette ainsi que celui de mesure de longueur. Les définitions sont beaucoup plus nombreuses et détaillées dans le Dictionnaire de l'Académie : tout à la fin, il nous apprend que ce terme désigne le membre génital. Quant à verges au pluriel, ce terme désigne "plusieurs menus brins de bouleau, de genêt, d'osier, etc., avec lesquels on fouette, on fustige" ; on emploie encore de nos jours l'expression donner des verges pour se faire battre. Mais j'ai découvert, toujours dans le dictionnaire de 1835, une autre expression, fort amusante, qui est tombée en désuétude : faire baiser les verges à quelqu'un, qui signifie : "Le contraindre à demander pardon après qu'on l'a châtié, ou l'obliger à reconnaître la justice du châtiment". Absent du Larousse, le terme vagin désigne, dans le Dictionnaire de l'Académie, le "canal qui conduit à la matrice".

Point d'orgasme dans le Larousse, mais pour les Académiciens, il s'agit d'un "terme de médecine [qui désigne] l'état de gonflement et d'excitation des organes, et particulièrement ceux de la génération." Mais avant d'en arriver là, quid de l'érection : l'entrée figure bien dans le Larousse dans son sens architectural : "action d'élever (une statue), de construire". Si cette acception figure, naturellement, dans le Dictionnaire de l'Académie, on y trouve cependant aussi la définition suivante : "…se dit aussi en médecine de l'action par laquelle certaines parties molles du corps se gonflent, se durcissent et se redressent". Mais on ne nous dit pas de quelles parties il s'agit !

Pour les Immortels, la sodomie est simplement "un péché contre nature". En revanche, ils se sont donnés beaucoup de mal pour définir le terme de masturbation : "Genre de pollution qui trompe le vœu de la nature, et qui a ordinairement les suites les plus funestes". La lecture de cette définition m'a laissé sur le… cul. Eh bien oui, le cul est bien présent dans nos deux ouvrages. Pour le Larousse, c'est "la partie de l'homme et de certains animaux qui comprend les fesses et le fondement" et pour l'Académie "le derrière, cette partie de l'homme qui comprend les fesses et le fondement".

Nous conclurons ce billet par une copulation. Si les mots copule et copulatif se trouvent bien dans les deux dictionnaires en tant que termes de logique et de grammaire, seuls les Académiciens se sont aventurés à définir le mot copulation. Et voici ce que cela donne : "Accouplement du mâle avec la femelle. Il se dit plus particulièrement de la conjonction de l'homme et de la femme, et se joint presque toujours avec l'adjectif charnel. La copulation charnelle est défendue hors le mariage."

Que ce soit au début du XIXe siècle ou au début du XXIe, nul doute que les travaux de la Commission du Dictionnaire de l'Académie française suscitent de temps à autres des échanges très pittoresques.

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